Pierre-Emmanuel Chaillon Photographe - GOSTARTIS MÉDIA

Pierre-Emmanuel Chaillon est un biologiste de formation qui a eu l’opportunité d’entrer dans le monde du cinéma grâce à un cinéaste animalier qu’il a connu très jeune. À la fin de sa maîtrise, il lui a offert un travail sur un long métrage. Au début, sa « paye » consistait uniquement aux voyages que le contrat lui procurait, puis, lorsque le budget l’a permis, le cinéaste l’a finalement engagé.

Plusieurs années plus tard, Pierre-Emmanuel venait de déménager à Fort Smith, au Territoire du Nord-Ouest, pour un travail relié à ses études. Malheureusement, l’emploi lui a fait faux bond et il se retrouvait dans une petite communauté nordique de 2 600 personnes sans travail.  Il part alors en « road trip » durant lequel il se questionne sur son avenir. Venant d’acquérir un nouvel appareil photo, il prend plusieurs clichés. À son retour, on lui fait certaines demandes en photographie et il découvre son potentiel dans ce domaine. Il s’est alors mis en tête de développer une entreprise de photographie et de vidéographie.

Sensible à son environnement

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, pour Pierre-Emmanuel, sa maîtrise en biologie n’est pas en opposition à sa carrière de photographe : « J’aime être dans la nature, alors étudier en biologie, pour moi, c’est ce qui faisait le plus de sens. […] Pour moi, la photo et le cinéma, c’était une occasion d’être dans la nature ». D’ailleurs, son approche est celle de se laisser inspirer par elle : « Des fois, j’arrive à un endroit et je me dis : « Y’a quelque chose à faire ». Je sais pas quoi, mais je sens qu’il y a quelque chose à faire et je peux rester là une demie heure trois-quart d’heure sans bouger en me disant : « Qu’est-ce qui m’attire mon imagination ici ? » », raconte-t-il. Puisqu’il n’est pas natif de la ville qu’il habite, il considère avoir un avantage : « Venir de l’extérieur, ça aide à avoir un regard nouveau et j’espère que je vais le garder », souhaite-t-il.

La confiance et l’incertitude

Lorsqu’il a décidé de vivre de son art, il est allé chercher des subventions en démarrage d’entreprise et on lui a demandé de fournir un plan d’affaires. Il se rend à l’évidence: « C’est pas parce qu’il y a un côté artistique, qu’il n’y a pas un côté « business » », constate-t-il. Cette demande lui permet de bien penser à ce qu’il désire créer comme compagnie.

Pierre-Emmanuel se rappelle qu’à ses débuts, il tentait toujours de trouver une stabilité dans un emploi régulier, mais il se rend vite compte qu’il ne peut pas développer son entreprise dans ces conditions. Il décide donc, avec le support de sa conjointe, de regarder à long terme et de se consacrer à sa compagnie totalement.

Les médias sociaux ont fait partis des défis que Pierre-Emmanuel a dû surmonter. Il a su dompter la bête qu’est Facebook : « Mon jugement de valeur a complètement disparu au profit du nombre de clics que je vais avoir sur une photo ou des commentaires […] », explique-t-il. Au début, il alimentait quotidiennement ses réseaux sociaux avec de nouvelles photos. Lorsqu’une d’entre elles recevait peu de « j’aime » ou de commentaires, il se remettait en question : « Quand on commence, c’est dur d’avoir confiance en soi, tu sais jamais si tu es dans la bonne direction. Tu es tout seul, très tout seul, alors tu ne sais pas si ce que tu fais est bon ou pas », se rappelle-t-il. Il met le tout en perspective : « Tu peux publier une photo qui marche pas, ça ne veut pas dire que tu n’es pas bon. Une photo, c’est pas juste une photo, c’est la rencontre de ton travail, de la personne qui va la voir […] Il se peut que ce soit juste pas le bon moment de la montrer », constate-t-il. Aujourd’hui, il met en ligne une photo par semaine et ne regarde plus les statistiques de sa page.

Sociofinancement

Pour le photographe, le sociofinancement est la prochaine étape de son parcours. Il souhaite entreprendre de plus grands projets : « Le sociofinancement va me permettre de réaliser certaines photos que je n’aurais pas les moyens de faire autrement et de voyager un peu plus dans le Nord »

Récemment, un client lui a demandé une vidéo de présentation pour sa page de sociofinancement  : « […] Ça m’a forcé à me dire « Oh oui ! Il y a des règles à suivre, une méthode à faire » ». Donc, ça m’oblige à regarder ce qui marche et ce qui marche pas. […] Il faut vraiment vendre [son produit] et y aller de manière organisée ». Cette expérience lui permettra d’être plus efficace pour sa propre campagne au printemps.

Pierre-Emmanuel ne veut pas se considérer comme un « artiste professionnel » puisqu’il trouve le terme trop sérieux. Pourtant, il a une approche artistique bien définie et son entreprise est aujourd’hui son gagne-pain. À ce propos, il résume sa pensée ainsi : « En y croyant, en insistant, ça devient un métier ». Il mise sur le fait d’avoir confiance en soi, de bien gérer l’incertitude artistique et monétaire et de ne pas délaisser le côté affaire puisqu’il est nécessaire pour vivre de son art.