LES PRODUCTIONS DU HUITIÈME JOUR - GOSTARTIS MÉDIA

 

 

Blessés par l’égoïsme et l’insensibilité sociale, vulnérables et abusés, les personnages de la comédie musicale Du plomb dans l’aile sont rassemblés autour de la télévision de la salle communautaire de l’aile psychiatrique pour se distraire et fuir leurs problèmes jusqu’à ce que la télévision cesse de fonctionner et qu’ils se retrouvent confrontés à la dure réalité.

Comment t’es venu l’idée d’associer la société individualiste, les blessures qui en découlent et la diversion de la télévision, autrement dit : «associer santé mentale à maladie sociale» ?

«Nul n’est une île», l’individu fait partie d’un tout. Les blessures que l’être humain développe viennent de son environnement. On est dans des situations qui sont le résultat d’une pression sociale, d’une dynamique sociale et familiale. Tout est lié. Je ne crois pas que l’individu existe seul et que ce qu’il est vient de nulle part et ne mène nulle part. Par rapport à ces situations-là et même en ce qui concerne les problèmes de santé dont on parle de plus en plus aujourd’hui, on a une responsabilité sociale en amont et en aval. S’il y a autant de cas de dépression dans notre société, c’est peut-être parce qu’on n’a pas un soutien suffisant de la communauté. Comme société, on devrait être partie prenante de la solution au lieu de dire : «On t’a rendu malade, débrouille-toi maintenant !» Le support et la reconstruction du tissu social permettent aux gens de se maintenir. On est dans une période où la vie est censée être plus facile à cause du développement des technologies et de notre niveau de vie plus élevé, mais on est une des sociétés où le taux de dépression et de suicide est le plus important, ce qu’on ne retrouve pas dans des sociétés beaucoup moins riches et technologisées dans lesquelles les rapports sociaux sont beaucoup plus empathiques. Même la notion de bonheur est un stress aujourd’hui. On nous fait croire que si on n’est pas heureux, on passe à côté de notre vie. C’est la dictature du bonheur. Tout le monde court après le bonheur alors que la vie n’est pas que du bonheur. C’est normal d’avoir des moments difficiles, de se sentir blasé, triste, en colère. Quand on ne se sent pas bien, ce n’est pas une défaite. Il ne devrait pas y avoir de honte à faire appel à des services d’écoute pour obtenir du soutien.

Selon vous, comme la pièce se déroule dans une aile psychiatrique, est-ce que ce serait enrichissant de la présenter dans ce genre d’environnement ? Est-ce que vous croyez que ce serait bien accueilli par les patients, l’entourage et le personnel ou est-ce que certains se sentiraient trop interpellés et manqueraient de recul pour recevoir objectivement la pièce ?

Justement, il y a un psychiatre d’un hôpital psychiatrique qui est venu voir la comédie musicale et il m’a proposé de venir y jouer pour présenter le spectacle aux patients. Sur le coup, je trouvais cela délicat. En y réfléchissant, je me suis dit que si ce psychiatre, qui travaille avec des gens vivant des situations semblables aux personnages, croit qu’il y a des éléments intéressants dans le spectacle pour eux, je vais faire confiance à ses compétences. Par contre, ce projet-là n’est pas spécifiquement axé sur la santé mentale. Il n’y a pas eu de recherche effectuée. On ne donne pas de diagnostic aux personnages. La force de ce spectacle est de reconnaitre en ces personnages des expériences de vie et des blessures humaines qui peuvent amener des problèmes de santé mentale. Je pense que c’est ça que le psychiatre veut offrir aux patients en les exposant à ce spectacle : une façon de reconsidérer les problèmes de santé mentale quand ils sont accompagnés de blessures qui amènent la personne à commettre des actes irréversibles pour appeler au secours. Il y a donc peut-être quelque chose là-dedans qui peut parler à ces gens-là. Par contre, même sans aller en institution psychiatrique, les gens qui ont vu le spectacle et qui vivent, ou qui ont vécu, des situations semblables pour eux-mêmes ou avec des proches, m’ont dit qu’ils ont été extrêmement touchés et interpellés par la pièce. Comme on finit le spectacle sur un peu d’espoir, je pense que ça rejoint les gens.

 

Est-ce que ton texte était initialement écrit sous forme de pièce de théâtre ou de comédie musicale ?

Je l’ai écrit en comédie musicale. La première chanson que j’ai écrite est Le plafond qui parle du viol qu’a subi la jeune fille. Au départ, c’était pour un autre projet. La personne pour laquelle j’ai écrit la chanson n’a pas voulu la chanter, car les paroles étaient trop dures pour elle. J’ai réalisé qu’il fallait un contexte pour que la chanson prenne sa place. Ça a donc commencé tranquillement comme ça.

Pourquoi avoir choisir le format de la comédie musicale ?

C’est un format que j’aime beaucoup. Je trouve que c’est plus facile pour moi d’écrire en chansons. Yan a d’ailleurs fait un travail extraordinaire avec la musique. Je ne suis pas sûre qu’en pièce de théâtre ça aurait bien atterri chez les gens parce que ce sont des sujets difficiles, les personnages sont durs entre eux, c’est prenant, c’est dérangeant alors la musique «c’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler» comme dirait Mary Poppins. Je pense que cette musique amène les gens à s’ouvrir pour mieux accueillir la charge de ce texte-là. Ça permet aux mots de se déposer. Dans l’écriture, les rimes et les jeux de mots allègent le texte et amènent de l’humour même dans les moments dramatiques. Je pense que ça permet au cerveau de s’accrocher à quelque chose d’agréable pour faire passer le reste.

Le spectacle Du plomb dans l’aile est la première production des productions du huitième jour. Est-ce que tu as l’intention de faire que des comédies musicales avec ta maison de production ?

En fait, nous sommes trois à avoir fondé cet organisme sans but lucratif qui nous permet d’aller chercher des commanditaires pour développer d’autres productions. On vise effectivement à faire d’autres comédies musicales. Il faut savoir que l’un des fondateurs est Yan Sicard le compositeur et directeur musical de Du plomb dans l’aile et que c’est en discutant de comédie musicale qu’on s’est rencontré. Cependant, on n’exclut pas l’idée de faire autre chose et que ce ne soit pas uniquement nos créations. On pourrait reprendre des productions existantes, accepter de produire des projets de l’extérieur…

D’où vient le nom «les productions du huitième jour» ?

Quand tu travailles à temps plein, tu aurais parfois besoin d’une huitième journée de travail pour arriver à tes fins. Quelqu’un d’autre peut voir cela comme le symbole de l’infini.

Comme vous invitez les gens à vous encourager et à verser des dons à votre maison de production sans but lucratif, est-ce que vous pensez faire du financement participatif pour vos productions ? 

Nous ne sommes pas fermés à l’idée de faire du sociofinancement pour un prochain projet ou pour relancer celui-ci. Ça va dépendre si on peut avoir des subventions pour la création. Pour l’instant, on ne fait que commencer avec la maison de production. On est encore en train de savourer l’accomplissement de notre premier projet. On va même pouvoir faire des supplémentaires. Après on verra si on le relance tel quel, si on recommence la production pour aller plus loin, ou si on passe à un autre projet. Tout ça est en réflexion, mais pour les autres projets qui s’en viennent peut-être qu’on irait chercher du sociofinancement et explorer les différents modes de subvention.