Angelo Schiraldi : Marchand de bonheur - GOSTARTIS MÉDIA

Tu te sers de ton handicap de la paralysie cérébrale pour rire et faire rire les autres. Pour toi c’est important d’en rire, sinon la vie serait trop plate. Est-ce que tu penses qu’un humoriste peut se permettre de rire de tout ?

Si c’est bien fait, si ça ne touche personne, c’est correct. Tu peux rire de tout sans que ça touche personne en particulier. Quand moi je ris des handicapés, je ne ris pas de quelqu’un. On peut cibler les groupes, mais pas les personnes.

Est-ce que tu sens le besoin de démontrer à beaucoup de personnes auxquelles tu es confronté dans ton métier que ton succès est obtenu grâce à ton talent non pas à cause de ton handicap ?

Oui. Moi ce que je veux faire dans mes numéros c’est montrer qu’on est comme tout le monde, on ne fait pas pitié. On est capable de rire de soi et d’arriver à nos fins si on travaille. Je ne ferais pas d’humour si je savais que je n’avais pas un certain potentiel. Je veux montrer que nous aussi on doit travailler pour avoir ce qu’on veut. Je ne vais pas aller quémander de l’aide et de la pitié. Je ne suis pas capable de supporter ça.

Pendant un certain temps, tu te surnommais «Marchand de bonheur». C’est vrai que tu es quelqu’un d’extrêmement sympathique, simple et attachant. Ton humour fait du bien. Est-ce que c’est pour ça que tu t’es nommé ainsi ?

Moi je trouve qu’un humoriste c’est un marchand de bonheur. Mon travail c’est de mettre un sourire dans le visage des gens. Je leur donne mon bonheur. Maintenant je l’ai enlevé parce que c’était rendu qu’à TVA ils m’appelaient comme ça (rires). Mais oui je me sens comme ça parce que j’aime donner du plaisir aux gens comme je peux et c’est le médium de l’humour qui me le permet.

Il y a toujours une morale à la fin de tes sketchs par exemple « Que tu sois gros, handicapé ou libéral, tout le monde mérite d’être aimé. » Est-ce que tu essaies d’enrayer les préjugés dans notre société ?

Oui je veux les enlever le plus possible. Si je peux faire cette différence-là, c’est ça ma paye. Si je peux faire changer les mentalités, c’est tant mieux.

Est-ce qu’il y a des gens qui t’ont approché pour te dire que tu leur avais fait du bien ?

Oui surtout quand je vais dans les organismes pour personnes handicapées. Je montre aux familles qu’être handicapé ne veut pas nécessairement dire que l’on est dans la misère.

Tu as choisi d’aller à l’École Nationale de l’humour pour t’outiller au niveau de l’écriture. Est-ce que tu sentais que tu avais besoin de rire d’autre chose que de toi-même?

Oui en fait mon plus gros défi à l’école c’est de me détacher de mon handicap et de voir si je peux faire autre chose que ça. Finalement ils m’ont dit de continuer d’en parler, mais d’essayer de m’en détacher en parlant aussi d’autres choses. C’est pour ça que dans mon prochain numéro, je parle du fait que je suis princesse. Je parle entre autres du fait que j’ai des problèmes à me trouver une job et que c’est peut-être parce que je suis une princesse.

Tu as aussi fait antérieurement un certificat en Animation culturelle. Qu’est-ce que tu voulais aller chercher avec ce diplôme ?

Je voulais compléter mon DEC en loisirs, mais finalement je suis retourné à l’humour. Aussitôt que j’ai fait un numéro au SPECT’ARC, j’ai compris que c’était ça que je devais continuer à faire.

Pour financer tes études à l’École Nationale de l’Humour, tu as lancé une campagne de sociofinancement quelques semaines avant d’avoir gagné à En route vers mon premier gala. J’imagine que la visibilité que ça t’a donnée t’a aidé à ramasser de l’argent ? Est-ce que tu as ressenti davantage de soutien chez le public ou dans le milieu de l’humour ?

Les humoristes m’ont encouragé plus que le public. Le public m’a financé après m’avoir vu au Gala Juste pour Rire et à Mike Ward sous écoute, mais des humoristes comme Adib Alkhalidey, Mike Ward et Martin Perizzolo m’ont beaucoup aidé. Les humoristes savent ce que c’est que de commencer en humour alors ils sont peut-être plus sensibles à ça. C’est une belle solidarité entre les humoristes.

Est-ce que tu as été approché par le nouveau Festival du rire ?

Non. C’est sûr que j’aimerais ça, mais ce que j’aimerais vraiment cette année c’est de faire le festival Mobilo. C’est une coopérative d’humoristes underground où on retrouve par exemple Guillaume Wagner, Arnaud Soly, Virginie Fortin.