Entrevue avec Line Millotte, artiste peintre - GOSTARTIS MÉDIA

C’est par un après-midi grisâtre que je rencontre Line Millotte, artiste peintre.  Mon hôte m’accueille chaleureusement et sans tarder, notre échange sera teinté de couleurs vibrantes, tant au niveau de sa personnalité que des peintures exposées de sa demeure.  Un chocolat chaud à la main, je découvre l’univers fascinant d’une âme créative, sereine et généreuse.  La symbiose s’installe immédiatement; voici donc le résumé de notre échange.

Sur votre site web on lit « Oser l’art ». Je trouve ça intéressant parce qu’oser, c’est se donner la permission d’apprendre.

Oui, je dis à mes étudiants : « vous êtes chanceux de faire ».  Ce n’est pas toujours bon, ce n’est pas toujours réussi.  Souvent, il y a des coups de cœur, souvent il y a des tableaux wow, mais il y en a plusieurs qui sont manqués.  Alors, je leur dis vous le faites, vous effacez, vous recommencez.  C’est ça faire de l’art.  Ce n’est pas réussir d’un seul coup.

Est-ce qu’on n’échoue pas vraiment en art?  Si ce n’est pas bon, est-ce vraiment pas bon ou bien est-ce différent?

Oui, c’est différent.

Est-ce toujours de l’art?

Oui! Je trouve votre association de couleurs flamboyantes et de textures complètement enchanteresses.

Les empâtements font que l’œil se promène et revient. Ça dépend des styles aussi. Si je fais un visage ou un portrait à ce moment je ne mettrai pas de texture parce que je veux imiter la peau, ça dépend ce que je dessine.

Vous travaillez aussi avec l’époxy, vous avez intégré certaines de vos peintures sur des lampes, et les bijoux …

Les bijoux et l’époxy c’est nouveau. Une amie artiste Line Desjardins avec qui je travaille présentement a développé la technique puis on la fait ensemble. L’époxy n’est pas ma matière première. C’est un peu plus complexe, ça prend un endroit pour travailler, aérer et tout.

Vous imprimez aussi certaines de vos toiles sur des sacs?

Oui, sur des cartes de souhaits aussi et probablement bientôt des tabliers.

Comment gérez-vous un tableau qui n’arrive pas nécessairement à ce que vous pensiez?

Ben, je le laisse aller.  Je le laisse aller, je le reprends parce qu’en fait, je crée des personnages. Des fois, ils me parlent, des fois, ils me donnent le titre eux-mêmes et des fois, j’insiste pour un titre, mais finalement ce n’est pas ça du tout.  Ça évolue le temps de la création.

Est-ce que chaque œuvre a un titre?

Oui, c’est important pour moi. Souvent, le titre arrive avant la fin ou pendant. Tout d’un coup, je pense à un titre, je cherche, je cherche et quand le titre arrive ça m’aide à compléter la toile parce que la direction est là pour les petits détails.

La musique joue un rôle dans votre création?

Oui, beaucoup.

On peint avec ou sans?

Avec.

Un certain style en particulier?

Ça dépend.

De votre émotion du jour?

(rire) Oui! Je fais jouer Adam Karch, du blues et Angel Forrest. Daniel Boucher, c’est un incontournable.  J’aime aussi Emma Chaplin, Charlotte Cardin et Amy Winehouse. Des fois, c’est du vieux Heart.  Ça dépend comment je me sens et ça dépend aussi si mes voisins sont là! (rire) La musique c’est nécessaire. Ça éveille un sens, ça ajoute au toucher de la peinture, de la vision. Tu écoutes, tu bois ton café et les 5 sens sont à l’œuvre.

Peindre – c’était le rêve?

Non. J’ai suivi des ateliers; j’étais la seule fille de 15 ans avec des dames retraitées et j’ai aimé la peinture. Ensuite j’ai enchainé avec Louis Robichaud au Plateau Mont-Royal pour apprendre de nouvelles techniques. Par la suite beaucoup d’ateliers de libération avec Clément Boilier. J’adorais ses ateliers libération sur grand format.

Vous donnez également des ateliers régulièrement; quel genre de personne y assiste?

Des gens à la retraite, des travailleurs de semaine qui n’ont pas le temps de venir le soir qui vont se permettre un samedi pour s’installer et manger avec des gens qui font de l’art et créer. J’enseigne la peinture, l’initiation au dessin et peindre un visage.

D’où vient cet intérêt envers le cirque dont vous parlez sur votre site web?

Ça vient de ma mère. On a tellement vu de spectacles ensemble; les cirques cavaliers et des chanteurs comme Dalida et Michael Jackson. Le Big Bazard aussi; j’étais jeune lorsque je les ai vus, mais pour moi c’était le cirque d’aujourd’hui. Ils étaient une trentaine sur scène c’était vraiment inspirant les couleurs et les pantalons 60s. Je pense que ça a été déclencheur.  Dalida, peut-être elle se retrouve dans mes déesses lorsque je fais des yeux et cheveux remplis de textures.  Mes séries déesses je les aime beaucoup.  Un moment donné, j’apprenais à faire les yeux et c’était important de montrer que je pouvais aligner deux yeux et mettre la lumière.  Un moment donné, je me suis dit je n’ai pas besoin des deux yeux.

Justement, je veux parler de vos séries. J’aime bien votre personnage Solo (rire). Je le trouve très original.

Oui! Il est venu au monde il y a quand même 20 ans, je l’ai mis de côté et je l’ai repris un moment donné.  Il fait du vélo pour une bonne cause, il se fait une blonde … oups on dirait que c’est un peu ma vie!

Il a toute une vie qui lui appartient sur toile!

Oui!  Il est souvent utilisé pour un logo d’entreprise. Quelques-unes ont Solo dans la salle de conférence.

La série La Paix de l’âme vous rend très émotive. Une personne de votre entourage vous a touché à ce point de créer une série?  Parlez-moi de ça.

(émotive) C’est ma tante Lucille que j’adorais, et que j’adore encore même si elle est sur son nuage, et qui m’a demandé de peindre un polichinelle.  Elle avait une photo précise et j’ai inventé son chapeau. Je cherchais un titre … ce tableau-là était tellement paisible et je l’ai fait tellement avec amour pour elle que je me suis mis à chercher des écritures chinoises.  J’ai trouvé La Paix de l’âme; j’ai dit tiens, c’est ça le titre.  J’en ai plusieurs en fait qui sont dans des entreprises, dans une caisse populaire, dans un bureau de peintre.  Une fois par année, je le refais.  Souvent, il a l’air d’une fille ou un garçon.

Donc il évolue

Il évolue, il change.  Maintenant, j’en fais beaucoup plus qu’un par année parce que c’est devenu mon p’tit chouchou, mais une fois de temps en temps je le refais en petit format et je lui donne une autre personnalité.  C’est toujours La Paix de l’âme, mais il y en a peut-être une trentaine déjà.

Évolution sur un même thème

Oui

C’est un bel hommage.

Vous dites « mon art est heureux » et que vous vous levez toujours sur le bon pied et dans le bonheur.

Oui, quand j’ai envie de peindre, c’est joyeux. Quand ma vie va bien, je peins beaucoup. Mes personnages ont de la couleur et j’ai encore besoin d’illustrer quelque chose de beau. Quelque chose de joyeux, de vivant.

Et si jamais il y a une note négative qui tourne dans les airs est-ce que vous le transformez en positif ou vous l’ignorez?

Et bien je ne peux pas le peindre.

Alors, que de la joie et du bonheur?

Oui.

C’est par choix?

Je ne sais pas.  Peut-être par choix, mais dans le malheur, je n’ai pas le goût de peindre. J’ai tellement de couleurs que ça ne me parle pas. J’aime me lever le matin avec mon café et je peux peindre toute la journée quoique ça m’arrive rarement ces temps-ci avec les cours.

Est-ce que vous vous identifiez à un style particulier de peinture ou un mouvement?

Mon art est figuratif, mais un peu abstrait. Comme disait Corno «Je n’ai pas épuisé mon sujet»

Est-ce qu’il y a autre chose qui vous intéresse pour le futur, d’autres techniques?

La sculpture. J’aimerais créer mon personnage en sculpture.

Alors on pourrait voir une autre série ou on reprend les mêmes personnages?

Oui, Solo probablement parce qu’il peut facilement s’exprimer en 3D.  J’ai un projet qui mijote depuis peut être 2 ans, mais je n’ai pas encore (hésitation) … mon livre est presque écrit là-dessus, mais …

Alors il y a un livre aussi qui s’en vient?

Probablement, c’est en évolution.

Un dernier mot pour la relève et les gens qui veulent s’y mettre?

Il faut « faire ». On prend le pinceau et on le fait.  Faire de l’art c’est ça.

 

 

 

 

 

 

Mon cœur sourit et cette rencontre m’a remplie. Line Millotte, j’admire votre créativité, ouverture d’esprit et votre générosité.    Je vous remercie de m’avoir reçue!