Jean-Guillaume Bastien : Voir grand à travers les petites choses - GOSTARTIS MÉDIA

Le théâtre est présent dans presque chacun de tes films. Quel est ton rapport avec celui-ci?

Je ne suis pas un grand acteur

J’ai une certaine fascination pour le théâtre. L’aspect de mise en scène et le minimalisme du théâtre m’ont toujours séduit. Le rapport entre les images et les idées est très proche et vivant. J’ai consommé beaucoup de théâtre en travaillant plusieurs années à la Place-des-arts et en fréquentant le Festival TransAmériques. Pendant longtemps, ça a été ma nourriture artistique.

J’ai l’impression que tes films sont faits pour honorer le quotidien, la vie ordinaire. Est-ce que tu as cette intention de montrer la beauté dans les petites choses comme celle d’assister au spectacle d’un cycle de lavage de vaisselles à travers l’imaginaire d’un enfant ?

Oui ! Même dans mes premiers films au Cégep, le quotidien était quelque chose de vraiment présent. Ça m’a toujours fasciné. Peut-être parce que je m’ennuie facilement, j’ai fini par trouver du beau dans le quotidien. C’est quelque chose qui est l’fun à cultiver et ça revient assez dans tous mes films. C’est sûr que je m’inspire de ce que je vois et ce que je vis. Ça reste très proche du quotidien. J’ai un amour pour les petites choses, les objets, les trucs qu’on ne remarque pas, de là l’idée de magnifier un lave-vaisselle. C’est drôle parce que j’ai eu le flash en allant voir un spectacle de l’Opéra de Montréal. J’étais assis au balcon super loin de la scène et ça ressemblait à une toute petite boîte. Je me nourris de très petites idées que j’ai constamment.

Est-ce que ça a été un défi d’adapter la pièce de théâtre Ruby pleine de marde en court métrage?

Ruby pleine de marde

Cette pièce était un coup de cœur au départ. Je connaissais déjà l’auteur, Sébastien David, et je suivais son œuvre. C’était un court texte qui avait été présenté aux Contes urbains à La Licorne en 2013. Quand je l’ai vu, j’ai vraiment « tripé » dessus. Tout le monde riait dans la salle. Quand j’ai approché l’auteur et qu’il m’a offert son texte, j’ai commencé à penser à la façon dont  je pouvais adapter ça. J’y suis allé très direct : le texte est resté originalement intact mis à part quelques coupures dans le monologue. J’ai seulement ajouté plus de personnages dans un décor familial mouvementé, la forme du monologue est encore présente. Je voulais respecter la forme des mots, surtout que l’écriture de Sébastien David possède un niveau de langage très familier et très « punché ». Je ne voulais pas perdre la force de sa poésie en rendant le texte moins théâtral. Je suis allé vers un cinéma hybride qui mélangeait monologue et fiction. Après, quand je regarde un film comme King Dave, je me dis que c’est une formule qui a marché dans d’autres films.

Les pissenlits est faite comme une pièce de théâtre que tu as tourné en plan séquence. Est-ce que tu as fait ce choix pour mieux donner l’impression de regarder une pièce de théâtre ?

Les pissenlits

Oui, c’est peut-être le film le plus théâtral que j’ai réalisé. C’était un test pour voir si une courte pièce pouvait fonctionner au cinéma. C’était peut-être le moment où je m’intéressais le plus au théâtre dans mon parcours artistique. Le choix du plan-séquence assumait le fait que c’était un film « sans artifice », bien qu’il y avait quand même un montage sonore et le décor en action. Il y avait donc cette volonté de faire comme si je faisais la mise en scène d’une courte pièce destinée au cinéma, et de rendre la caméra plus participative. C’est le premier film que j’ai fait en sortant de l’Université. C’était un film autofinancé donc c’était une façon de faire un film simplement sans que ça ne soit dispendieux.

Depuis combien de temps fais-tu du cinéma ?

Ça a commencé au Cégep de Rimouski dans un programme d’Arts et lettres avec les profils de graphisme et de cinéma. C’est là que j’ai touché à une caméra pour la première fois pour faire des films expérimentaux influencés par l’art vidéo. Après ça, il m’est venu l’idée de me spécialiser davantage en cinéma à l’Université Concordia. Depuis ce temps-là, je fais un court-métrage à chaque deux ans ou presque.

Aimerais-tu faire un long métrage éventuellement ?

Oui ! J’y travaille actuellement. Je suis en écriture de deux scénarios.

Est-ce qu’il s’agit de tes projets en développement Yé-yé et Les chansons des autres ?

Oui. Ce sont deux projets que j’écris en même temps. Yé-yé parle du dit mouvement québécois dans les années 60, et Les chansons des autres, c’est un drame musical sur des téléphonistes. On est encore dans le quotidien magnifié. Il me reste beaucoup de travail à faire, mais ça avance tranquillement.

Est-ce que tu aimerais faire la musique de tes films éventuellement ?

Je l’ai déjà fait à l’Université et au Cégep dans mes premières expérimentations. Je faisais mes propres ambiances sonores, mais j’ai l’impression de ne pas avoir un bagage musical assez important pour pouvoir faire ma propre musique de film.

Pourtant ton projet musical Monsieur Mesdames est très accrocheur avec ses sons synthétiques, électroniques, indie et pop et ses paroles drôlement absurdes.

C’est un projet qui a démarré à la blague. J’ai toujours composé des chansons pour moi. Cette fois-ci, j’ai essayé de juxtaposer des paroles humoristiques sur de la musique électronique et ça a marché. J’ai envoyé les chansons à des amis. Ils trouvaient ça drôle alors j’ai décidé de les mettre sur Internet. De fil en aiguille, j’ai monté un spectacle et je me suis produit sur scène quelques fois. Ça reste un hobby plus qu’un projet artistique sérieux. En même temps, si on me demandait de collaborer, c’est sûr que je dirais oui. Souvent, la musique de film, c’est un mandat très précis. Il faut être polyvalent et bien comprendre le style. Si ça « fittait » pile dans un projet, c’est sûr que j’en aurais envie. C’est différent que de le faire pour soi-même: je préfère collaborer avec d’autres personnes pour sortir de moi, être en contact avec d’autres visions et entrechoquer les choses.

Quand tu t’es produit sur scène, j’imagine que tu incarnais le personnage du «Gentleman cambrioleur des cœurs ».

Oui j’avais le style d’un crooner version électronique. Il y avait des vidéos filmées en Super-8 et des montages de films rétro en arrière-plan. C’était un one man show entre la performance artistique et le spectacle musical. Ça reste que ce n’est pas du lip-sync parce que je chantais réellement, mais live, il n’y avait pas d’accompagnement musical: seulement moi et mon ordinateur. Je privilégiais plutôt le personnage de scène que la performance musicale en soi, mais ça pourrait prendre d’autres formes éventuellement dans le futur.

Crédit photo : Anette Belley